Les premiers pas d’un Lionceau

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FORMATION | Récit des premiers pas d’un Lionceau

C'est l'histoire d'un père qui apprend que son fils intègre l'école de football sochalienne. Une nouvelle qu'il n'avait jamais vraiment espéré. Entre espoir, admiration et lucidité, Olivier Sombre raconte son expérience unique et les premiers pas de son fils au cœur du centre de formation du FCSM. Entrez dans l'école de football du FCSM...

Mercredi 2 octobre 2013, 15 heures. « Vous êtes arrivé », me dit la voix féminine de mon GPS. Je m’arrête, me stationne, et j'observe. Deux gamins en survêtement attendent le long de la route, un petit gosse de six ans vêtu d'un maillot du Barça joue au ballon, sous les yeux de sa mère. Une grande grille se dresse devant moi, avec l'inscription « Centre de formation Roland Peugeot »  gravée sur les grilles en fer forgé. Je m'interroge : dans quoi me suis-je encore embarqué ?



*Flashback*
Deux mois plus tôt, je navigue sur le forum d’AllezSochaux.com et le site officiel du FC Sochaux à la recherche désespérée des dernières informations concernant les recrues du mercato. Hélas rien en vue au sujet des transferts. Mais une annonce attire mon attention: « Le FCSM organise les mercredis 11, 18 et 25 septembre 2013 (de 13h30 à 15h30) des séances d’entraînement et d’évaluation pour les jeunes joueurs nés en 2006 et 2007 en vue d’intégrer la catégorie U-8 et U-7 de son école de football.

Justement, je cherche un club de football pour mon fiston de six ans. Pourquoi pas le FCSM ? Je réfléchis, m'interroge…  A-t-il le niveau ? Oui, mon petit sait taper dans le ballon dans mon jardin. Oui, il aime le football et aller voir des matchs au stade Bonal. Mais cela suffira-t-il ? Je décide de garder cela dans un coin de ma tête et en profite pour consulter le site Internet des clubs amateurs locaux. Hélas, peu sont à jour. Je ne trouve pas d'informations sur le recrutement de jeunes ou sur les jours d’entraînement. Je tente à l'occasion de me rendre à certains stades de mon secteur, mais personne ne peut me renseigner. Advienne que pourra ! Quelques jours plus tard, je télécharge le bulletin d'inscription et le remplit. Je trouve une photographie, colle le tout, et insère le document dans une enveloppe. La main tremblante, je la glisse dans une boîte aux lettres.

J'annonce cette initiative à mon fils qui saute de joie, se voyant déjà jouer au stade Bonal et participer à la mi-temps au Challenge Orange. C'est si beau l'enthousiasme de la jeunesse !

Le temps passe, la rentrée débute. En plus d'un club de foot introuvable, le judo club de ma ville, où mon fils avait obtenu sa ceinture jaune et blanche est fermé. Il faut donc aussi que je lui retrouve un club de judo. On verra ça après les détections !

Le jour-J
11 septembre 2013, 13 heures. Ça y est, je me rends à espace sportif des Pouges à Arbouans. On arrive à destination. Valentyn, assis confortablement sur son siège rehausseur, regarde par la fenêtre et me fait remarquer qu'il y a beaucoup de terrains de football. Je regarde, et effectivement, le site sportif porte bien son nom.

On descend de ma voiture, une rutilante Peugeot 307 SW. Bon, elle a dix ans, mais c'est une Peugeot, quoi ! On s'approche du terrain. Il y a une bonne cinquantaine d'enfants — de nombreux petits Messi — qui tapent dans les ballons ou qui restent dans les jambes de leurs parents, les maillots jaunes et bleus se mélangent avec ceux de l'OM et du PSG. Mon fils est impatient et quitte sa veste pour dévoiler le maillot au lion. Il fonce sur le terrain ; c’est sa première fois sur un vrai terrain de football. C'est émouvant.
Une camionnette siglée FCSM arrive, deux entraîneurs reconnaissables à leur veste similaire apparaissent, l'un a des papiers sous le bras, le crâne rasé, un physique de déménageur. Il vire manu militari tous les enfants qui jouent sur le terrain ainsi que les imprudents parents qui s'étaient aventurés sur le gazon. Ça commence bien. Les deux techniciens se présentent: coach Joël et coach Larbi de l'école de football du FCSM. Ils annoncent la couleur : c’est la qualité qui les intéresse et non la quantité,  seuls huit gamins seront sélectionnés. La réponse sera donnée dès la fin de la séance. Les parents ont défense d'intervenir et doivent rester derrière un grillage, c'est dur... Ma gorge se noue, j'observe tous les gamins présents sur la pelouse et ceux qui arrivent. Ça va être serré, j'espère seulement que mon fils ne sera pas trop déçu. Ensuite vient l'appel, d'abord les U-8, puis les U-7. Valentyn est le second sur la liste, il s'assoit avec ses nouveaux petits copains, on les divise en équipe, quatre équipes de cinq joueurs dans sa catégorie. Je remarque que certains gamins ont tous le même maillot aux couleurs du FCSM avec leur prénom floqués dans le dos, ça sent le piston tout ça… Je tourne la tête et vois un autre papa qui observe son fils derrière le grillage, cette silhouette, ce nez aquilin… Un surnom me vient à mon esprit comme une de ses reprises de volée: « PAF », c'est lui, il est là, alors que je le pensais au Qatar. Un avion survole à basse altitude le terrain, il avait sans doute confondu les terrains avec l’aérodrome de Courcelles.

Un coup de sifflet retentit, les matchs débutent, le terrain est séparé en deux : les U-7 d'un côté, les U-8 de l'autre. Valentyn a un chasuble vert avec le numéro 7, mon chiffre fétiche, et si c'était un signe? Sur le terrain,  c'est un beau bordel, des piquets font office de but, mais on ne l'a pas expliqué aux gamins qui foncent vers les vrais buts. Le coach intervient et rappelle tout le monde à l'ordre : on joue les touches au pied. Un gosse marque contre son camp, il n'avait pas compris qu'il devait marquer de l'autre côté. C'est le bordel, mais certains surnagent déjà, à l'image de ce petit au maillot du Barça qui dribble bien. Valentyn, lui, semble perdu mais il s'accroche, court après le ballon, tacle à répétition et fauche des joueurs partenaires comme adversaires. Les matchs s'enchaînent, le fiston se retrouve à deux reprises gardien de buts et encaissent. Soudain, coach Larbi s'effondre, crise d'épilepsie a priori. On clôture la séance dans l'urgence, tout en appellent les pompiers. Des parents secouristes se précipitent et placent l'infortuné Larbi en position latérale de sécurité. Inquiet, je cherche mon fils du regard espérant qu'il ne soit pas traumatisé. Je le retrouve en train de jouer au foot, faisant fi du malaise de l’entraîneur.

Petit à petit, on dirige les gamins vers la sortie tandis que le coach se reprend ses esprits. On annonce la suite des détections, c'est « revient »  ou « revient pas ». Je vois mon fils les mains jointes, les yeux brillants. On annonce son prénom, il revient vers moi. C'est la joie pour nous deux, même s'il faut reconnaître que c'est un peu l'école des fans après l'incident.

La semaine passe. Le 18 au matin, j'investis dans une tenue de footballeur noire, des chaussettes pour qu'il puisse mettre les protèges tibia qu'on m'a prêtés. Il pleut sur les Pouges, on est un peu moins que la première fois, une bonne quarantaine, mais de nouveaux venus viennent se greffer aux détections. « PAF » est là, souriant et plaisantant avec Joël, Larbi et un troisième. Cette fois-ci,  les choses se corsent. Il n'y a plus que trois équipes de cinq en  U-7. Les matchs commencent, on tente de s'organiser, défense-milieu-attaquant, on demande à mon fils d'aller au but, il refuse, échaudé par la dernière séance, les matchs débutent. Sur une des premières actions, Valentyn fait un amorti poitrine, dribble un de ses adversaires et prend la défense de vitesse : il tire et manque le cadre de peu. C’était une belle action, j'espère que les coachs l'ont remarqué.

Les matchs se suivent et se ressemblent. C'est le même rituel à la fin, Valentyn est suspendu aux lèvres de coach Joël. Il sera de retour la semaine suivante. Je n’en reviens toujours pas. « J’arrête le foot, c’est trop dur quand il pleut », me dit-il dans la voiture. « On en rediscutera », lui répondis-je. Je respecterai son choix quoiqu'il arrive. Quelques heures plus tard, il me déclare « avoir hâte d'être à mercredi prochain » pour le dernier test. Je respire mieux.

Dernier test, le 25 septembre 2013. On y est!  Les entraîneurs l’annoncent : ils ont déjà une idée des joueurs ayant un potentiel, idée qu'ils veulent confirmer aujourd'hui car en en plus, il fait beau. Les U-7 ne sont plus qu'une dizaine. Valentyn est le premier à être appelé. Pour l'occasion, papy et mamy sont venus l'encourager. Les matchs débutent, et c'est le drame : mon fils n'est plus combattif, il a sympathisé avec un gamin de son âge et passe plus de temps à rigoler et a chahuter qu'à jouer au ballon. Un gosse file au but et marque un but à la « PAF ». C'est de famille on dirait.

On a droit à une courte mi-temps. Je bouillonne intérieurement.  Les matchs reprennent, il se réveille et tente des passes et quelques actions. C’est mieux, mais pas suffisant à mes yeux. Je récupère mon fiston à la sortie tandis que les coachs annoncent que la réponse finale sera connue dans la semaine par courrier postal. Faux cul, je félicite mon fils et lui tapote sur la tête. Je le dépose à la maison et file au boulot, où on m'assiège de questions : « Est-il pris ? A-t-il bien joué ? » Je suis contrarié mais je me suis fait une raison. Il y a d'autre clubs dans la région et les paroles du baron de Coubertin me reviennent à l'esprit : « L'essentiel est de participer » et surtout, l'essentiel est que mon fils trouve du plaisir.

Ça n'a jamais été aussi vrai. Le temps passe, je guette le facteur… Jeudi, vendredi... Samedi 13 heures 30, je rentre à la maison après le travail. Mon fils m'attends, me propose de boire un petit apéro (pour moi pas pour lui !). Sous mon assiette, je vois une lettre avec le logo du FCSM. Je regarde mon fils dans les yeux, il a le sourire jusqu'aux oreilles mais m’assure qu'il n'a pas ouvert l'enveloppe. Je hausse les épaules et lis la lettre. Un mot me saute aux yeux : « retenu ». Je prends mon fils dans mes bras et je sens des larmes de fierté couler sur mes joues. C'est con, me dis-je mais c'est bon. On trinque à sa santé. Le week-end passe, le fils chéri a été gâte. Je ne pouvais rien lui refuser.

Rendez-vous au centre de sélection du FCSM. Je file sur le site Internet officiel, découvre la structure et le château du Bannot de Seloncourt. Perplexe, je passe un coup de fil au bungalow mais on me confirme le tout.

Mercredi 2 octobre, il est 15 heures. Je prends mon fils par la main et avec ma femme, nous entrons dans le domaine. Il y a des bâtiments à gauche et à droite, des terrains de foot et au centre, le château se dresse. Les espaces verts sont impeccables, des voitures entrent et sortent. Certains visages me semblent familiers, d'autres pas du tout. On nous dirige vers un bâtiment vert qui est l’école technique, où il y a une salle de classe, un peu petite. Je vois que par endroit le plafond se décolle à cause de l'humidité. On croise des élèves, tous polis qui viennent nous serrer la main pour nous dire bonjour. Les parents et les enfants U-7 et U-8 s'installent dans la salle. Frau arrive à son tour, légèrement en retard. Son fils a aussi été sélectionné! Il est accompagné par l'entraîneur intérimaire du FCSM, Omar Daf. Le président de l’école prend la parole, il se dit ému de voir des jeunes du FCSM amené à leur tour leur fils. Il parle de Pierre-Alain détecté alors qu'il était en CM2 et d'Omar Daf, arrivé un peu plus tard vers ses 15 ans. Il parle avec émotion du FCSM et du parcours de Prcic qui a débuté aussi U-7 avant d'arriver chez les pros.

Puis c'est Robert Szpyrka, directeur de l'école de football, qui nous explique les règles de l'école, l'importance de la scolarité,  la chance que l'on a de pouvoir s'entraîner ici. Il remercie au passage Jean-Luc Ruty et insiste sur le respect de la ponctualité. Il confirme que  les enfants ont un « contrat » d'un an. À la fin de l'année, ils repasseront des détections, mais « si les gamins ont une marge de progression ils seront conservés », assure-t-il.  La preuve, les huit U-7 de l'an dernier sont passés en U-8, seuls deux externes ont été pris. Le discours se veut professionnel mais humain. On parle aussi argent: la licence, c'est 150 euros l'année, elle comprend aussi le package (sac, maillot, short chaussettes, survêtement, k-way floqué  du sponsor Lotto). On est gagnant !

On nous prévient, les gamins seront jalousés, même à leur âge. Il faudra ne pas répondre aux éventuelles provocations d'autres parents, car en tant que parents, nous aussi représentons le FCSM. Des matchs et des tournois seront programmés. Robert nous fait rêver en parlant de plateaux de district, de matchs du samedi (3 contre 3, 4 contre 4 et 5 contre 5), de tournois nationaux (Lyon, Nancy...). Mais il ne veut pas trop en dire. Il explique néanmoins que l'an dernier, les U-15 sont allés jouer à l'Ile de la Réunion. Ma femme, native de cette île, a les yeux qui brillent. Soudainement, elle a moins de réserve quant à l'engagement de son fils au FCSM et de la pression qui en découle.

J'observe Omar, la tête dans les mains : il n'a pas l'air d’écouter le discours. Dans sa tête tournent sûrement des combinaisons, 4-3-3, 4-5-1... Il a déjà la tête en Gironde, où se déplacera l’équipe fanion.

Les coachs Larbi et Joël communiquent aussi à leur tour pour clôturer la réunion d'information. Vient enfin le temps de l'entraînement. On dirige les gamins vers les vestiaires, qui ont l'air d'avoir bien vécu. Les enfants récupèrent les ballons et se dirigent tout sourire vers le synthétique. Trente minutes d'entraînement au programme avec une séance de jongle qui je cite, sont « l'orthographe du football ».  L’après-midi se termine par de petits matchs.  On déplace les gamins, qui sont tour à tour attaquants, milieux et défenseurs. Le petit Daf aussi tient de son père, mais il est plus offensif et finit meilleur buteur.

La semaine prochaine se sera un vrai entraînement (de 15 heures 15 à 17 heures) et Valentyn n'attend que ça...