Multimédia

Note utilisateur: 4 / 5

Etoiles activesEtoiles activesEtoiles activesEtoiles activesEtoiles inactives
 

Archive du 26.11.2011

L’interviewer a choisi, l’histoire d’une longue entrevue, de devenir l’interviewé : un exercice inhabituel et « délicat » d’après lui. Depuis neuf saisons, il est aux rênes des soirées matchs sur France Bleu Belfort Montbéliard et fait jubiler les supporters sochaliens lorsqu’il annonce les « Buttttttttt pour Sochauxxxxxxxxxxxxx !!!! ». Qui se cache derrière son « étiquette » de journaliste ? Quel est son regard sur la profession qu’il exerce ? Que retient-il à ce jour de son expérience doubiste dans le domaine sportif ? Échange avec le journaliste Hervé Blanchard.

 

« La vie mancunienne était géniale »

Originaire d’Auvergne, plus précisément de Clermont-Ferrand dont il est très fier, Hervé Blanchard n’est jamais passé par une école de journalisme pour exercer le métier qu’il aime. « J’ai tout appris sur le tas… J’ai d’abord commencé la radio à Radio France Puy-de-Dôme, alors que je n’avais même pas vingt ans. J’étais pigiste sportif le weekend : ma tâche était de commenter les matchs de foot, de rugby, de volleyball, de handball et de basketball, en plus de présenter le magazine des sports le dimanche. A l’époque, il était facile de travailler comme pigiste sportif : vous arriviez avec votre CV et votre passion du sport et on vous lançait sans filet sur un commentaire, et si vous étiez bon on vous gardait », se rappelle Hervé Blanchard.

 

À dix ans, je m’inventais mes multiplex et je commentais le résultat des 380 matchs que je jouais avec un système de lancer de dés assez complexe.

Cinq années plus tard, après avoir fini ses études en langues étrangères appliquées, ainsi que son service militaire, il décide de traverser la Manche pour enseigner le français à l’Université de Salford, qui se situe dans la plus grande banlieue de Manchester.  « Je suis resté quatre ans à enseigner là-bas. Je donnais des cours de traduction orale et écrite, de grammaire et de civilisation. Professionnellement, cette expérience était enrichissante, mais ne m’a pas donné le "virus" de l’enseignement, la radio me manquait déjà à l’époque ! » Malgré tout, le mode de vie anglais l’a marqué dans le bon sens du terme: « La vie mancunienne était géniale, je vivais comme un super étudiant ! J’ai adoré cette expérience professionnelle et humaine. J’adore l’Angleterre et la Grande Bretagne en général. Je ne  retiens que du positif, ce pays me manque… J’y ai d’ailleurs rencontré ma femme qui étudiait là bas. On y est retourné en 2009 en vacances, j’attends la prochaine occasion avec impatience… »

Le journaliste de France Bleu Belfort Montbéliard avoue ne s’être jamais posé de questions en ce qui concerne son avenir professionnel : « À dix ans, je m’inventais mes multiplex et je commentais le résultat des 380 matchs que je jouais avec un système de lancer de dés assez complexe. Mais bizarrement, je n’écoutais pas trop les matchs à la radio. Par contre, je dévorais l’Équipe et  France Football de la première à la dernière ligne et les albums Panini étaient mes livres de chevet. L’envie de faire vivre le match, c’est une passion tout simplement ! »

Plus à l’aise à l’oral qu’à l’écrit, Hervé Blanchard rentre en France et intègre une brigade de journalistes étant sous contrat dans toutes les radios du réseau national de France Bleu. « Pendant trois ans et demi, j’ai travaillé dans une vingtaine de stations locales de France Bleu. » Patient et persévérant, Hervé Blanchard postule une quinzaine de fois pour devenir journaliste polyvalent et titulaire, afin d’occuper un poste fixe : « C’est finalement en décembre 2003, que je suis titularisé à Belfort. Le poste de journaliste sportif est très rare, c’est pour cela que je cherchais à être polyvalent. Je me considère plus comme journaliste sportif par la force des choses et par affinité également, mais j’aime aussi traiter l’actualité dite "générale".»

Pendant la saison, le commentateur radio se consacre au football chaque semaine, du vendredi au lundi. « Durant l’intersaison, je garde un oeil sur le mercato sochalien et la reprise de l’entraînement,  mais je redeviens un journaliste d’information générale. Je suis donc amené à traiter du fait divers, du procès, en passant par la fête de l’escargot, etc. »

 

« Je suis journaliste avant d’être supporter ! »

Avant de poser ses valises en Franche-Comté, Hervé Blanchard s’intéressait déjà au FCSM : « L’épopée lors de la Coupe de l’UEFA 1981, je l’ai vue à la télé depuis mon Auvergne natale, et la coupe de France 1988, j’en aurais pleuré… Paille a été mon joueur de foot préféré… élégance et intelligence de jeu personnifiées… Lorsque je l’ai interviewé à peine six ans plus tard, alors qu’il jouait avec la réserve de Lyon à Clermont en N2, j’étais impressionné ! J’ai toujours aimé Sochaux et les "petits" clubs qui jouent bien au football. »

Monsieur Blanchard possède aussi un penchant pour le rugby, un sport qu’il suit avec attention depuis l’âge de sept ans : « Je suis plus fan que connaisseur même si en étant Clermontois d’origine, je maîtrise quand même pas mal le sujet. J’ai déjà commenté du rugby avec l’ASM Clermont Auvergne, mais il y a longtemps. Si j’avais l’opportunité d’être jumelé avec un bon consultant, j’adorerais commenter de l’ovalie. »

 

Je déteste les commentateurs qui en font des tonnes, et je me retrouve des fois à monter dans les décibels moi aussi ! J’essaie de contrôler le volume mais c’est très dur en direct, avec l’ambiance : je vis le but à fond ! Ma fille de trois ans et demi ne me supporte pas à la radio : "tu cries trop fort papa", me dit-elle !

Son mot d’ordre lorsqu’il est dans la peau du journaliste, c’est « rigueur, rigueur et encore rigueur… Je suis très en colère contre moi quand je dis des bêtises à l’antenne, j’essaie de minimiser les erreurs, mais bon je ne suis pas infaillible ! Dans mon travail de commentateur sportif, j’essaye d’être à la fois convivial et informatif. Mon objectif est de savoir bien vulgariser le propos pour notre cible d’auditeurs, connaisseurs pour certains, mais simples amateurs pour une grande majorité. » Lorsqu’il réécoute ses commentaires après les matchs, Hervé Blanchard avoue « ne pas se reconnaître. C’est une horreur ! Je déteste les commentateurs qui en font des tonnes, et je me retrouve des fois à monter dans les décibels moi aussi ! J’essaie de contrôler le volume mais c’est très dur en direct, avec l’ambiance : je vis le but à fond ! Ma fille de trois ans et demi ne me supporte pas à la radio : "tu cries trop fort papa", me dit-elle ! »

En commentant les matchs de Sochaux sur la radio régionale, Hervé Blanchard est  nécessairement un peu plus derrière les Jaune et Bleu et il ne le cache pas : « Je suis forcément chauvin quand il y a une injustice, mais sinon je me dois d’être le plus objectif possible, c’est mon travail ! » Malgré ce parti pris, la difficulté de sa profession est de joindre une dose d’impartialité à ses commentaires, un aspect élémentaire que plusieurs supporters sochaliens semblent parfois oublier: « Beaucoup d’auditeurs m’ont reproché d’être parfois trop dur avec Sochaux, je leur réponds que je suis journaliste avant d’être supporter », s’exclame-t-il.

Avec humilité, le journaliste auvergnat ne se gêne pas pour exprimer sa façon de penser, pendant les matchs, lorsque l’équipe sochalienne ne joue pas de la bonne manière ou ne montre un bon état d’esprit. « Il faut choisir les bons mots et le bon moment pour asséner quelques vérités. Les joueurs et les dirigeants le comprennent plus ou moins bien. Malgré tout, l’essentiel, je le pense, est d’être honnête tout en étant respectueux. »

 

« Aujourd’hui, toute l’information est aseptisée… »

Le journaliste d’origine auvergnate côtoie quotidiennement le milieu du sport professionnel, ainsi que sa réalité : « Il m’arrive parfois d’être en colère envers ce véritable monde d’affaires, mais c’est plus l’aigreur que je ressens. À mes débuts, c’était moins réglementé. La communication des clubs n’était pas aussi bordurée, cloisonnée et on pouvait travailler plus facilement. Aujourd’hui, la langue de bois est reine dans le milieu médiatique. »

Le commentateur de France Bleu a été amené à poser des questions à une panoplie d’entraîneurs sochaliens. Il se souvient de plusieurs moments « chauds » lors des après matchs. Avec Francis Gillot, les rapports n’ont pas toujours été faciles. J’ai eu parfois quelques échanges tendus avec lui. Il pouvait être « cassant » parfois : il fallait être prompt dans la répartie pour ne pas subir l’entrevue !  « On s’est effectivement pris le bec hors micro, après la lourde défaite à Bonal contre Valenciennes et à la fin d’une autre cuisante défaite à Bonal contre Lyon. Il a ses bons mots, le seul problème pour nous en radio, c’est qu’il parle toujours sur le même ton et ce n’est pas l’idéal pour l’antenne.  Quant aux autres entraîneurs, Guy Lacombe et Frédéric Hantz, ne m’ont pas posé de souci particulier, jusqu’à ce que leur situation au club ne se fragilise et là bien sûr, nos rapports sont devenus plus tendus. C’est la règle du jeu médiatique. C’est aussi la difficulté du journaliste local qui te suit tout le temps, et donc au bout d’un moment, il est normal de "s’asticoter" un peu ! Pour ce qui est de Dominique Bijotat, il a été sympathique, tout comme l’est actuellement Mecha Bazdarevic, un passionné avec qui tu refais le match des heures entières. Durant son bref passage au club, je me souviens qu’Alain Perrin avait un côté très "professoral" lorsqu’il rencontrait les journalistes : cela empêchait tout atome crochu. »

Durant sa carrière de journaliste, plusieurs joueurs l’ont marqués par leur côté humain : « J’aime beaucoup Perquis, Butin, Nogueira, Bréchet, Richert, Sauget notamment. Dans le passé, Lonfat était super ! Ce sont des hommes ouverts et qui comprennent bien le jeu médiatique. Je crois qu’il y a un respect mutuel entre chacun. Une anecdote m’a marqué avec Bréchet. Une fois le micro fermé, il m’a appris que ses meilleurs souvenirs de joueur datent de sa jeunesse, quand il a remporté ses premiers trophées. J’ai eu l’impression de m’entendre parler, alors que je n’ai été qu’un petit joueur de DH. J’ai trouvé que c’était sympa qu’il n’y ait plus cette barrière joueur/journaliste ».

Certaines personnes considèrent le journalisme sportif comme le talon d’Achille du métier de journaliste, Hervé Blanchard réfute cette doxa : « Il est vrai qu’un journaliste sportif a, en règle générale, une image un peu à part en ce qui attrait à la rédaction. D’aucuns pensent qu’il ne sait faire que ça et qu’il est inculte. C’est bien sûr inexact. On est au contraire très polyvalent. L’univers dans lequel je travaille est particulier. Certains de mes confrères entretiennent une sorte de secte de journalistes sportifs. Ce cercle fermé semble leur convenir, moi, il m’exaspère parfois. »

 

« Internet est une véritable catastrophe pour la presse écrite et la radio »

Actuellement, le domaine de l’information en général traverse une période de crise en raison des nombreuses solutions qu’offrent internet. N’importe qui peut désormais « jouer » au journaliste, un fait qui  est inquiétant d’après lui : « Internet est une véritable catastrophe pour la presse écrite et la radio. C’est en train de tuer notre profession. Rien n’est vérifié, rien n’est sourcé, et après nous, les médias dits "sérieux", on a beaucoup de mal à revérifier, à contredire, bref, à rétablir la vérité. Cela est encore plus valable dans le domaine du sport, qui est une machine à sensationnalisme. Par exemple, en juin dernier, un site annonce que Perquis est dans les tribunes pour assister à Pologne-France. Vérification faite, il est sur la plage avec ses proches ! » D’après ses dires, « être formé dans une école reconnue par la profession, c’est aujourd’hui indispensable pour un futur journaliste ». Le commentateur radio ajoute qu’« avoir de nouvelles idées, bien maîtriser les nouvelles technologies, être persévérant et adaptable à volonté, sont devenus des pré-requis pour devenir journaliste en 2011 ».

Excepté la Ligue des Champions, un objectif pour le moment incessible et  la Ligue 2, dont il se passerait bien, Hervé Blanchard a tout connu avec Sochaux depuis son arrivée dans la région. « À terme, j’aimerais revenir chez moi à Clermont, mais quand, ça je ne le sais pas. Si Clermont monte en L1, peut être que j’aurais une opportunité », a-t-il plaisanté. Clermont Foot domine aujourd’hui le championnat de L2 avec trois points d’avance sur le second. À ce rythme-là, dans les prochains mois, le journaliste de France Bleu pourrait prendre sa blague plus au sérieux !